Le Mois de l’Autre # 7

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Le vendredi 29 avril 2016 – Lycée des Métiers Jules Verne, Saverne (67)

  • 21 élèves de première Bac Pro Technicien d’usinage
  • 5 groupes de 4 à 5 élèves
  • Avec Laure Canaple
  • Durant 2h
  • Thématiques abordées : la relation fraternelle, l’imaginaire, le détournement, le mythe, l’héroïsme, l'(extra)ordinaire, la religion.
  • Images proposées :  « Prince and Princess » – Série « Brother & Sister » © Viktoria Sorochinski / Triptyque sacré, Face 2 Face, 2006 © JR / Spider Man – Série « La véritable histoire des super-héros », 2005-2010 © Dulce Pinzon / Groupe de Père Noel à l’apéro à Strasbourg, Décembre 2014 © Pascal Bastien / Toku Konno, série « Low Tide – Le Chaos du Japon » © Denis Rouvre

Vendredi dernier le Lycée Jules Verne de Saverne accueillait la toute dernière intervention de Stimultania dans le cadre du Mois de l’Autre auprès de 21 élèves techniciens usineurs. Le rendez-vous était fixé au CDI de l’établissement où les livres côtoient expositions de photos et divers travaux réalisés par les lycéens.

La classe, composée exclusivement de garçons de tous âges, débute la séance avec entrain et dynamisme. Le corpus de cinq images brassant des thématiques fortes telles que le mythe, la religion ou l’héroïsme laisse les lycéens aussi songeurs qu’animés. Les voix s’élèvent rapidement, toujours dans une ambiance bon enfant.

 

La première image de Viktoria Sorochinski, « Prince and Princess », laisse le groupe de jeunes dubitatif. L’image représente deux enfants s’adonnant à l’un de ces jeux de rôles où la distribution est jouée d’avance. Le petit garçon assis sur le trône regarde fixement droit devant lui, baigné dans la lumière de ce qui ressemble à un grenier, tandis que sa sœur, un pas en arrière, debout, adopte une position de soumission accentuée par son regard, rivé sur son frère. Les deux enfants, tous deux drapés dans des chutes de tissus, s’approprient des codes hérités de l’Empire romain voire d’une chefferie. Cette mise en scène savamment étudiée matérialise de fait la singularité et la multiplicité de la relation fraternelle qui unit Marte et Mathias, les modèles.

dessin-crayon-contour_318-39717« C’est une idée de domination qui est cachée car la femme domine toujours l’homme à travers le temps »

L’image de Pascal Bastien, intitulée « Groupe de Père Noël à l’apéro à Strasbourg », se donne à voir quant elle sans détours aucun en renvoyant au personne archétypal qu’est Père-Noël et sa représentation de nos jours. Le groupe d’élèves s’attarde rapidement sur le noir et blanc qui les questionne. Vêtu traditionnellement de rouge, incarnant les valeurs de la famille et du partage, les pères-noël, plus ou moins semblables ou conformes à l’original, prennent l’apéritif et ne semblent incarner plus que l’ombre du personnage mythique. Cette image humoristique relève d’un va-et-vient entre l’ordinaire et l’extraordinaire et d’une exploration enfantine du réel propres à la photographie de Pascal Bastien.

dessin-crayon-contour_318-39717« L’absence de couleur remplit harmonieusement le cadre de l’image grâce aux déguisements qui simultanément se fondent avec le sol et le bâtiment ».

C’est un autre personnage iconique auquel s’attaque Dulce Pinzon dans la troisième image proposée extraite de la série « La véritable histoire des super-héros ».  Ce « laveur de vitres hors du commun », comme l’ont nommé les lycéens, n’est autre que Spiderman. La photographe mexicaine entend dans cette série créer un parallèle entre l’emploi quotidien de travailleurs immigrés comme Bernabe Mendez – le modèle – et les pouvoirs surnaturels de chaque super-héros dans la fiction. Les déguisements constituent de véritables prétextes pour les sortir de leur anonymat. En mobilisant ainsi l’imagerie des super-héros, en l’occurrence de fortes références culturelles et visuelles, l’auteure donne à voir une critique acerbe de l’exploitation des immigrés aux Etats-Unis et interroge dès lors la notion d’héroïsme dans nos sociétés contemporaines.

dessin-crayon-contour_318-39717« Partout où l’on regarde ce lieu semble disproportionné en surprenant son observateur et en le plongeant dans l’imaginaire du personnage. »

Le « triptyque sacré » de JR s’inscrit aussi dans un registre humoristique. JR ne parle pas gravement des choses légères, mais bien légèrement de choses graves. Ces « visages rigolos de trois religieux qui grimacent », à l’instar du groupe de lycéens, attirent notre attention, avec amusement d’abord, sur l’expression des visages. Ce rictus ou les traits déformés par le grand angle s’assimilent à une satire des religions. Ce triptyque de représentants des trois confessions monothéistes (musulmane, chrétienne et juive) nous plonge dans une prise de distance quant à leur traitement médiatique. Les lycéens prennent d’autant plus conscience de l’enjeu sociétal dépeint dans cette image lorsqu’ils apprennent son histoire. Ces trois portraits ont en effet été affichées en format monumental de part et d’autre du mur séparant les territoires palestiniens et israéliens dans plusieurs villes.

dessin-crayon-contour_318-39717« Cette image est cadrée par des expressions de différents représentants de religions en faisant simultanément la même grimace, ce qui fait ressentir le détail de cette même image. Cela prouve, en nous amusant, que ces religions sont en quelques sortes ensemble, ce qui n’est pas toujours le cas aux yeux de la société. » (Mathieu, Tristan, Anthony, Kamil)

La dernière image, que les élèves qualifièrent au terme de la séance comme leur « préférée », suscite paradoxalement une forme de perplexité de leur part au premier abord. Les lycéens y voient une « asiatique », y perçoivent de l’émotion, concèdent une esthétique, observent un travail de lumière, mais la photographie de Denis Rouvre, ne prendra pour eux tout son sens que replacée dans son contexte. Toku Konno sort de l’ombre et raconte une histoire, son histoire, figée dans les traits de son visage. Survivante de la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, Toku Konno a tout perdu. Ni traces, ni subsistance, ni souvenirs épargnés, ni témoignages d’une vie antérieure. Denis Rouvre immortalise ce visage, ces visages des résistants, dans sa série « Low Tide ». Cadrage resserré, lumière intense et dramatique, regard déterminé, digne et grave ; Denis Rouvre témoigne de fragments de vie et d’un quotidien où se mêlent désespoir, solitude et incertitude.

dessin-crayon-contour_318-39717« A travers cette image, le photographe suscite une émotion. Le cadre détaille son visage dont le regard évoque des souvenirs d’avant le chaos ». (James, Lucas, Alexis, Antoine, Michaël)

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