Le Mois de l’Autre # 6

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Le mardi 26 avril 2016 – Lycée du Haut-Barr, Saverne (67)

  • 12 élèves de seconde générale
  • 3 groupes de 4 élèves
  • Avec Laure Canaple
  • Durant 2h
  • Thématique abordée : le conflit, la violence, l’enfance, le consumérisme, la mémoire, le temps.
  • Images proposées : Enfants du quartier d’Hautepierre (extraite de la série « Grandir »), 1980 © Alain Kaiser / « David Akore », Agbogloshie, Market, Accra, Ghana, 2009-2010 (série « Permanent Error ») © Pieter Hugo / Série « Un passé sous silence – Scars of Cambodia » © Emilie Arfeuil 

La sixième et avant-dernière intervention de Stimultania dans le cadre du Mois de l’Autre s’est tenue mardi dernier au Lycée du Haut-Barr à Saverne entre deux flocons printaniers. Le groupe, composé de 12 élèves de seconde générale, s’est retrouvé au CDI de l’établissement pour deux heures de lecture d’image. Cet exercice, auquel les lycéens n’étaient pas accoutumés, a porté principalement sur la pratique du photoreportage et sur la thématique du conflit. Entre conflit social et historique, conflit économique et écologique, et enfin conflit intérieur, les 12 jeunes ont eu l’opportunité de prendre ensemble une distance sur les réalités de la violence, qu’elle soit physique ou symbolique.

 

Deux groupes d’élèves se sont ainsi penchés successivement sur l’image d’Alain Kaiser. Extraite de la série « Grandir », cette dernière montre une bande de petits garçons du quartier d’Hautepierre au début des années 1980 à Strasbourg s’adonnant avec fougue à l’un de ces jeux d’enfants qui perdure à travers le temps. Terrain vague où les tours de béton florissantes côtoient des caddies démembrés déguisés en cabane, le cliché dépeint un conflit social se mêlant étroitement à cette urgence de liberté propre au monde de l’enfance. Les élèves y voient le « quotidien des enfants » sans pour autant s’attarder sur le contexte historique et géographique dont ils sont de fait bien proches. Tandis qu’un groupe de joueurs réfléchira sur la cabane de chariots de supermarché, emblème de la société de consommation, l’autre tentera d’appréhender l’action qui se trame sur cette image. Cette dernière se situe, à l’instar des élèves, à la frontière entre l’imaginaire et le réel.

dessin-crayon-contour_318-39717« Les objets ont été transformés de manière crescendo. Ils sont au second plan, derrière les enfants. La photo est destinée à surprendre le spectateur et évoque la réalité de ces faits. » (Céleste, Abda, Audrey, Laurie)
dessin-crayon-contour_318-39717« Sur cette image on voit des enfants en action. On les voit tellement s’amuser qu’on a l’impression qu’ils sont hors de l’image en train de faire du bruit, de s’amuser toujours un peu partout sans jamais se fatiguer, pendant toute la journée. On peut s’interroger sur leur expression car on en voit certains joyeux et d’autres plus turbulents, un peu hyperactifs. On voit bien qu’ils sont dans leur monde imaginaire et que ces enfants s’amusent énormément. » (Gauthier, Sarah, Théo, Juliette)

 

La violence et le consumérisme caractérise aussi la seconde image, « David Akore » de Pieter Hugo. Le décor interroge, alarme voire émeut rapidement les élèves qui qualifient cette scène de « chaos » ou de « post-apocalyptique ». C’est bien une guerre d’une grande violence qui se donnent à voir à leur regard. Non pas un conflit armé, mais bien un conflit économique et écologique. Pieter Hugo a ainsi photographié en 2009 « Sodome et Gomorrhe », comme l’appellent les autochtones, en l’occurrence une immense décharge de matériel technologique laissé là à l’abandon. Ce terrain vague où se consument ordinateurs et plastiques, c’est le lieu de travail de ces hommes couverts de cendres occupés à extraire de ces déchets les métaux pouvant encore faire l’objet d’un commerce. Véritable désastre écologique, cette image questionne aussi l’industrialisation, l’obsolescence, et dénonce les dégâts humains qu’imposent le mode de vie et de consommation occidentalisé au reste du monde.

dessin-crayon-contour_318-39717« Sur cette image les couleurs sont plutôt sombres. On y trouve énormément de gris ou de noir et les seules couleurs un peu vives sont dispersées et en petites touches. Derrière on aperçoit un brouillard, de la fumée, ce qui oblige et attire l’attention du spectateur vers le devant de l’image. On peut penser que cette image a été photographiée après la guerre car il y a de nombreux débris par terre ce qui est synonyme de destruction. C’est particulièrement émouvant de voir ces personnes dans la misère car on se rend compte que la guerre est bien une réalité dans certains pays. » (Gauthier, Sarah, Théo, Juliette)
dessin-crayon-contour_318-39717« Le chaos a toujours été source de malheur. Il est présent partout et le photographe dénonce la violence et la destruction. » (Ambre, Léa, Camille)

 

La troisième image, extraite de la série « Scars of Cambodia » d’Emilie Arfeuil, moins criante de vérité, dépeignant une scène d’apparence plus anodine, a permis de sensibiliser les élèves au conflit intérieur consécutif à un traumatisme. Pour ces derniers, cette image parle de la solitude. Ils y voient « un homme seul au milieu de la verdure qui regarde au loin le paysage montagneux ». Les deux groupes de lecteurs d’image se concentrent ainsi tous deux sur le décor de l’image avec lequel le protagoniste semble ne faire plus qu’un. Le silence caractérise cette scène quasi-méditative où transparaît paradoxalement une souffrance. Le regard porté sur l’immensité de la nature, le corps prostré ou la pose digne de Tut dissimulent son passé laissé sous silence sous les Khmers rouges et les tortures physiques et psychologiques qu’il a alors endurées.

dessin-crayon-contour_318-39717« C’est un lieu silencieux qui a toujours été là. Il occupe tout le cadre de l’image, il est partout. Il y a de la vie dans cette photo, grâce à la forêt, à la verdure qui ne cherche qu’à être explorée ». (Céleste, Abda, Audrey, Laurie)
dessin-crayon-contour_318-39717« Là où la nature est partout, là où il n’y a jamais de temps, dans ce lieu isolé qui n’attend qu’à être exploré ». (Ambre, Léa, Camille)

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