Le Mois de l’Autre # 5

Un groupe penché sur l'image de Denis Rouvre © Laure Canaple

Le lundi 18 avril 2016 – Lycée Montaigne, Mulhouse (68)

  • 31 élèves de première littéraire
  • Avec Laure Canaple et Agathe Kervadec
  • Durant 2h
  • Les thématiques abordées : identité locale et internationale
  • Images proposées :  Le Vie Russe © Guillaume Chauvin | Balnearios plus ultra © Céline Villegas | Des Français © Denis Rouvre | Face À Elle © Denis Ponté | Syrie / Métal, savon, pierre © Payram | Miami / Languedoc-Roussillon © Camille Sonally

 

Lundi 18 avril, l’équipe de Stimultania se rendait à Mulhouse, emportant dans ses bagages les kits de jeux Les Mots du Clic. Nous nous rendons au Lycée Montaigne pour le cinquième atelier « Le Mois de l’Autre » à l’intention des élèves de première littéraire de la classe de Monsieur Eichholtzer. Familiers pour certains de l’analyse d’images, de par leur pratique en option d’histoire de l’art, l’atelier était l’occasion de renouveler leur approche du décryptage d’image à travers le jeu.

Pour cette séance, nous avions choisi six images où les auteurs interrogent l’identité territoriale à travers des séries de portraits. Les élèves débutent l’atelier avec une question en tête : Que voit-on ? Qu’est-ce qui nous frappe dans cette image ?

La photographie extraite de la série intitulée « Face À Elle » ne présente pas d’indices : ni objets personnels, ni attributs religieux sont montrés ici. Le photographe de Denis Ponté nous livre un portrait épuré, intemporel, où la silhouette du modèle se détache sur un fond blanc. La femme nous regarde avec assurance et douceur à la fois, et son attitude ne laisse pas indifférents les élèves. Ils s’interrogent sur la meilleure façon de nommer ce qu’ils perçoivent de l’image. S’il est clair que la femme est le sujet principal, comment la définir ? Le choix du mot a son importance et finalement un des groupes créera une carte-mot « présence » pour caractériser l’objet de l’image.

dessin-crayon-contour_318-39717« D’emblée le regard se pose sur la femme qui est ici l’objet représenté de près. Elle semble silencieuse, stoppant le temps, comme si ce dernier ne s’écoulait jamais. » (Chloé, Amélia, Madison, Ludivine, Edwina)
dessin-crayon-contour_318-39717« C’est la présence simultanément proche et silencieuse qui est suscitée par l’image de la femme et de son regard. » (Florence, Nina, Victor, Élise, Loïs)

La photographie de Denis Rouvre frappe « par son être là et bien là ». Le visage du modèle se dessine nettement dans le halo de lumière : regard déterminé et singulier. Toute l’attention des élèves se porte sur l’éclairage incisif qui met en relief la géographie du visage. Rapidement ils mettent de côté la légende, présente sur la double page. Elle apparait comme un élément perturbateur. Certains la cacheront, d’autres l’oublieront pour se consacrer entièrement au modèle photographié. De nouveau sans indices notoires, les élèves s’attardent sur la symbolique des rides. Signe de l’âge, du temps qui passe, du vécu, elles leur évoquent l’histoire.

dessin-crayon-contour_318-39717« Cette photographie met en valeur la lumière qui s’oppose au fond noir de l’image et forme soudainement un contraste de près afin de révéler l’histoire de l’homme et dénoncer le temps qui passe. »
dessin-crayon-contour_318-39717« La lumière focalisée sur le visage de l’homme oppose la clarté à l’obscurité du fond et crée un contraste soudain. La proximité du visage révèle les rides de l’homme et par conséquent le temps car ce dernier a laissé des traces. »
dessin-crayon-contour_318-39717« La lumière isole le visage de l’homme. Elle apparaît soudainement et est devant. Cette lumière représente un homme vieux. » (Aline, Solenne, Cloé, Gauthier, Benjamin)

À l’inverse de Denis Rouvre, la photographie de Payram fourmille de détails. L’homme assis au centre de l’image est entouré de chaudrons de diverses tailles, accrochés aux murs de son échoppe. Les élèves se questionnent sur la datation de cette image. L’absence de couleurs et le traitement argentique les amènent à situer les faits dans les années 60. Lors de la restitution, nous revenons sur les choix esthétiques de l’auteur et l’histoire de cette photographie réalisée pendant les années 2000.

dessin-crayon-contour_318-39717« Ce qu’on remarque en premier sont les détails foisonnants de la photo qui partent en crescendo vers le centre de l’image. Ils sont partout et ils nous racontent une histoire. » (Florence, Nina, Victor, Élise, Loïs)

Dans la photographie de Guillaume Chauvin, les élèves s’arrêtent sur la composition de l’image. De prime abord, la situation semble banale : un rassemblement sur la place publique. Mais la présence d’une arme dans les mains d’une fillette interpelle et amène les élèves à réfléchir sur les us et coutumes des individus présents.

dessin-crayon-contour_318-39717« La construction de cette image est pertinente : la petite fille est cadrée. L’homme brandit soudainement la petite fille armée, au milieu de tous. Cela nous amène à nous interroger sur la situation politique de ce pays. »
dessin-crayon-contour_318-39717« Cette petite fille n’est qu’un détail de cette photo mais elle est cependant l’élément principal. On retrouve une réelle opposition entre l’AK47, symbole de la guerre et l’innocence propre à l’enfance. La foule s’agrandit ce qui crée un effet de crescendo. L’enfant est placé au centre de l’image, l’attention est immédiatement portée sur elle. Cette photo nous pousse à nous interroger : pourquoi cette fillette tient-elle une arme ? Pourquoi personne ne semble choqué ? » (Myriam, zoé, Lena, Clémence, Mathilde)

Certaines photographies comme celles de Céline Villegas et Camille Sonally font rêver. Entre les couleurs vives des stations balnéaires et les décors paradisiaques des villes du Sud, les élèves expriment rapidement leur envie de plonger au cœur de ces Eldorados. Ces paysages idylliques isolés de tout contexte géographique donnent un sentiment d’exotisme, d’ailleurs indéterminé. Les deux photographes abordent dans leurs séries respectives l’uniformisation des territoires par l’usage d’un folklore artificiel.

dessin-crayon-contour_318-39717« La couleur est lisse, elle est ancrée comme invincible. Elle est omniprésente dans l’image et celle-ci provoque le rêve. » (Aline, Solenne, Cloé, Gauthier, Benjamin sur Balnearios plus ultra © Céline Villegas)
dessin-crayon-contour_318-39717« La construction de l’image semble être un ensemble détruit. On peut interprêter un « avant » qui détermine sa posture. L’artiste joue avec notre imaginaire à travers une construction indicible. » (Haha, Fany, Sarah, Séréna sur Miami / Languedoc-Roussillon © Camille Sonally)

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