Le Mois de l’Autre # 3

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Le mardi 18 mars 2016 – Lycée Paul-Emile-Victor, Obernai (67).

  • 22 élèves de seconde Bac Pro (Maintenance Véhicule)
  • Avec Laure Canaple et Laura Cassarino
  • Durant 2h
  • Les thématiques abordées : le travail, le quotidien, la représentation de la femme, la vanité, le genre, l’enfance, l’imaginaire.
  • Images proposées : Sans titre, 2003 © Cindy Sherman / Série « Bleus de travail », 2002-2003 © Charles Fréger / Mulugete Woubslet, le banquier du village © Hans Silvester / Changing Experience © Viktoria Sorochinski.

 

C’est au Lycée Paul-Emile-Victor à Obernai que l’équipe de Stimultania s’est rendue le mardi 18 mars dernier à l’occasion d’un troisième atelier dans le cadre de l’opération Le Mois de l’Autre. Nous avons cette fois choisi d’aborder les notions de différence et de vivre-ensemble à travers une série de portraits invitant à s’interroger non seulement sur l’identité sociale ou le genre, mais aussi à sonder sa propre identité.

 

La première image proposée semble ainsi anecdotique pour ces lycéens en Bac Pro Maintenance Véhicule. La photographie de Charles Fréger est en effet tirée de la série « Bleus de Travail » qui constitue une exploration des milieux de l’apprentissage. Il s’agit d’un portrait d’élève immergé dans son environnement de travail, à savoir une école technique comme celle où nous nous trouvions ce mardi-là. Un adolescent leur fait face, abandonnant son poste de travail le temps d’un cliché. Ce jeune homme les renvoie directement à leur propre quotidien et agit dès lors comme un reflet de leur propre réalité. Difficile donc, d’en parler avec objectivité, d’aborder l’image de l’autre quand il nous ressemble tant, quand son quotidien est aussi le nôtre, ou encore de décrire ce lieu si familier.

« Sur cette photo on peut observer un lieu (un garage), univers bruyant, et un mécano au premier plan. En arrière-plan (derrière), on peut voir ses collègues travaillant simultanément sur une voiture. Le but du photographe selon moi est de représenter tout l’univers d’un garage en général avec le mécano et sa tenue puis leurs actions au quotidien. »

Le second portrait choisi est d’emblée décrit par les élèves comme « une femme vulgaire ». La première impression est forte, proche du rejet voire du dégoût, à commencer par celui de l’unique fille présente dans la classe. Cet autoportait de Cindy Sherman présente une femme aussi pathétique que touchante et traduit une forme d’ambivalence grotesque. L’image interroge sur ce que nous choisissons de montrer de nous, sur l’apparence et ce qu’elle dissimule, sur la représentation de la femme aujourd’hui. La pose classique du modèle, inspirée des studios de photographes du vingtième siècle, questionne les élèves tout autant que la théâtralité qui se dégage du personnage. Le jugement ne tarde pas à se manifester. « Belle » pour certains, « moche » pour d’autres, tous s’accordent pourtant sur l’exubérance et la démesure du personnage, et devinent, peu à peu, le propos de l’auteure-modèle.

« La couleur de l’arrière-plan met en avant la femme au premier plan. L’opposition des couleurs froides et chaudes en crescendo, le contraste, attire le spectateur à se concentrer sur son regard, et agit comme un cadrage. Son maquillage et sa tenue sont provocants et sont à la limite de l’exagération. » (Morgane, Marc, Victor, Cyril)

Le troisième portrait invite cette fois au voyage sans pour autant s’éloigner des problématiques qui nous occupent dans nos sociétés occidentales. Se dresse devant les lycéens un homme, Mulugete Woubslet, qui exhibe avec fierté une poignet de billets. Hans Silvester dans son livre « Fenêtre sur l’Afrique » témoigne d’un mode de vie entre tradition et modernité ; celui des tribus de la vallée de l’Omo en Ethiopie. Le groupe d’élèves s’interroge sur la valeur de l’argent et sur la vanité.

« Cette image est caractérisée par des couleurs foncées, une face cachée. L’homme tend son argent pour représenter la réalité. L’image montre qu’on peut vivre avec beaucoup d’argent et un habitat moindre. L’image est très cadrée avec les branches et les branchages. Il y a un cadre autour de l’homme. Il peut apparaître soudainement en homme riche comme en homme pauvre. »

Enfin le quatrième groupe d’élèves s’est penché sur une photographie de Viktoria Sorochinski intitulée Changing Experience. Or loin de l’expérimentation de l’enfance qu’illustre cette image, les cinq élèves s’arrêtent rapidement sur l’action. Un petit garçon, dressé sur un piédestal, arbore une robe vaporeuse couleur orange. Son regard se dirige vers son reflet dans le miroir. À sa droite, une petite fille l’observe. On devine qu’il s’agit de sa sœur. L’observante, assise, est quant à elle vêtue d’une chemise bleue d’homme. La situation dérange les lycéens qui rapidement tentent de dissiper leurs propres doutes : le petit garçon ne peut être qu’une fille. Pourquoi revêtir une robe, dans le cas contraire ? Les vêtements/déguisements des deux enfants soulèvent de vives réactions, et c’est donc naturellement que les cinq lycéens s’attarderont durant cette session sur leurs couleurs.

« Cette image nous évoque deux couleurs équilibrées. Ce rêve d’être une fille est toujours dans sa tête. Cet ensemble de couleurs est magnifié par le miroir. » (Diego, Colin, Maxime, Ronan, Yoan)

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